mardi 16 octobre 2007

Gustave Flaubert - Madame Bovary

Ce qu'il y a de formidable, avec les nouvelles technologies, c'est qu'on trouve un tas de choses sur la toile, qui rendent l'accès aux grands classiques de la littérature française incommensurablement plus aisé qu'il ne l'était il y a seulement dix ans. Ainsi, pour ce pilier du roman du XIXème siècle, assez important pour avoir engendré le terme "bovarysme", on dispose d'une version à écouter tranquillement dans son fauteuil. Un petit aperçu ci-dessous : cliquez sur le lien pour entendre un chapitre entier, puis un autre, et ainsi de suite. Si vous y prenez goût, il ne vous restera qu'à visiter le reste du site, qui vous offre même la possibilité de télécharger les fichiers mp3 (sous forme compactée, donc il est impossible de créer un lien direct vers les fichiers depuis cette fenêtre). Pour la fin du roman, il faudra encore patienter, car seuls les 24 premiers chapitres sont disponibles à ce jour.
Ecouter le chapitre : un deux trois quatre cinq
Qu'à cela ne tienne : on peut toujours livre le livre soi-même, et d'autant plus facilement qu'il n'y a qu'à le télécharger - gratuitement bien entendu - sur un site fantastique, qui vous laisse même le choix entre la version PDF (983 Ko) ou la version Word compactée (353 Ko).
C'est ainsi qu'on pourra tranquillement relire la description d'Emma qu'on a entendue en classe, et le reste aussi ...



Charles fut surpris de la blancheur de ses ongles. Ils étaient brillants, fins du bout, plus nettoyés que les ivoires de Dieppe, et taillés en amande. Sa main pourtant n’était pas belle, point assez pâle peut-être, et un peu sèche aux phalanges ; elle était trop longue aussi, et sans molles inflexions de lignes sur les contours. Ce qu’elle avait de beau, c’étaient les yeux ; quoiqu’ils fussent bruns, ils semblaient noirs à cause des cils, et son regard arrivait franchement à vous avec une hardiesse candide.

Une fois le pansement fait, le médecin fut invité, par M. Rouault lui-même, à prendre un morceau avant de partir.

Charles descendit dans la salle, au rez-de-chaussée. Deux couverts, avec des timbales d’argent, y étaient mis sur une petite table, au pied d’un grand lit à baldaquin revêtu d’une indienne à personnages représentant des Turcs. On sentait une odeur d’iris et de draps humides, qui s’échappait de la haute armoire en bois de chêne, faisant face à la fenêtre. Par terre, dans les angles, étaient rangés, debout, des sacs de blé. C’était le trop-plein du grenier proche, où l’on montait par trois marches de pierre. Il y avait, pour décorer l’appartement, accrochée à un clou, au milieu du mur dont la peinture verte s’écaillait sous le salpêtre, une tête de Minerve au crayon noir, encadrée de dorure, et qui portait au bas, écrit en lettres gothiques : « À mon cher papa. »

On parla d’abord du malade, puis du temps qu’il faisait, des grands froids, des loups qui couraient les champs, la nuit. Mademoiselle Rouault ne s’amusait guère à la campagne, maintenant surtout qu’elle était chargée presque à elle seule des soins de la ferme. Comme la salle était fraîche, elle grelottait tout en mangeant, ce qui découvrait un peu ses lèvres charnues, qu’elle avait coutume de mordillonner à ses moments de silence.

Son cou sortait d’un col blanc, rabattu. Ses cheveux, dont les deux bandeaux noirs semblaient chacun d’un seul morceau, tant ils étaient lisses, étaient séparés sur le milieu de la tête par une raie fine, qui s’enfonçait légèrement selon la courbe du crâne ; et, laissant voir à peine le bout de l’oreille, ils allaient se confondre par derrière en un chignon abondant, avec un mouvement ondé vers les tempes, que le médecin de campagne remarqua là pour la première fois de sa vie. Ses pommettes étaient roses. Elle portait, comme un homme, passé entre deux boutons de son corsage, un lorgnon d’écaille.

Quand Charles, après être monté dire adieu au père Rouault, rentra dans la salle avant de partir, il la trouva debout, le front contre la fenêtre, et qui regardait dans le jardin, où les échalas des haricots avaient été renversés par le vent. Elle se retourna.

– Cherchez-vous quelque chose ? demanda-t-elle.

– Ma cravache, s’il vous plaît, répondit-il.

Et il se mit à fureter sur le lit, derrière les portes, sous les chaises ; elle était tombée à terre, entre les sacs et la muraille. Mademoiselle Emma l’aperçut ; elle se pencha sur les sacs de blé. Charles, par galanterie, se précipita et, comme il allongeait aussi son bras dans le même mouvement, il sentit sa poitrine effleurer le dos de la jeune fille, courbée sous lui. Elle se redressa toute rouge et le regarda par-dessus l’épaule, en lui tendant son nerf de bœuf.


Mais Monsieur ! Que faut-il retenir de Madame Bovary ? - Tout ! - Rien ! - Ce que vous voulez ! - Faites comme elle : si vous êtes frustrés et insatisfaits de vos vies, évadez-vous dans les romans ! Lisez !

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